En vingt secondes
Le 5 octobre 2026 à Tokyo, la « Matt Race », organisée par une marque de matelas, a réuni des dizaines de participants équipés de capteurs de sommeil. Chacun avait au plus 90 minutes pour s’endormir vite et dormir profondément. La gagnante, surnommée Suimii, a remporté plus de deux millions de yens, un peu plus de 11 000 €. Le but affiché : faire parler du sommeil dans l’un des pays où l’on dort le moins.
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L’image a fait le tour du monde : une salle plongée dans la pénombre, des matelas alignés, des dormeurs en pyjama, des fils qui partent de leur tête. Une course, mais à l’envers. Ici, on ne gagne pas en allant vite au bout de quelque chose, on gagne en lâchant prise le plus vite possible.
Ce qui s’est passé à Tokyo
La compétition, baptisée « Matt Race », s’est tenue le 5 octobre à Tokyo. Selon Gulf News, elle était organisée par Koala Sleep Japan, une marque de matelas ; l’AFP parle plus simplement d’« une entreprise de matelas ». Les participants, plusieurs dizaines, portaient des capteurs fixés sur la tête qui enregistraient leur sommeil. Ils disposaient de 90 minutes au maximum. Le classement reposait sur deux critères : la rapidité d’endormissement et la qualité du sommeil.
La gagnante, qui se présente sous le pseudonyme de Suimii, a confié à l’AFP vouloir utiliser son prix pour quitter le domicile familial et s’offrir « un lit de princesse ». Une autre participante, Chisato Honda, 32 ans, résumait l’expérience : « C’était fini en un instant. J’aurais presque aimé dormir un peu plus longtemps. »
Riichiro Nakama, directeur de création chargé de l’événement, assume la démarche : le Japon est souvent décrit comme un pays en manque de sommeil, et ses habitants comme très consciencieux. En faire un événement, explique-t-il, c’est une façon d’amener les gens à s’intéresser au sommeil.
Pourquoi 90 minutes
Le chiffre n’est pas choisi au hasard. Quatre-vingt-dix minutes, c’est à peu près la durée d’un cycle de sommeil complet : endormissement, sommeil léger, sommeil profond, puis sommeil paradoxal. En plafonnant l’épreuve à cette durée, les organisateurs laissent à chacun le temps de parcourir un cycle entier, ce qui permet aux capteurs d’observer l’architecture du sommeil et pas seulement l’endormissement.
C’est aussi la durée de la sieste longue, celle qu’on réserve aux jours de grande fatigue parce qu’elle se termine en sommeil plus léger et évite le réveil dans le brouillard. Notre article sur la durée d’une sieste compare cette option à la sieste courte de dix à vingt minutes, plus facile à caser dans une journée.
S’endormir très vite, une bonne nouvelle ?
C’est le paradoxe du concours. Il récompense la rapidité d’endormissement, alors qu’en médecine du sommeil, s’endormir en quelques minutes en pleine journée est d’abord un signe de fatigue. Lors des tests de latence d’endormissement pratiqués en laboratoire, une moyenne inférieure à huit minutes fait partie des critères de somnolence excessive. Une personne bien reposée met en général plus longtemps à trouver le sommeil l’après-midi.
Autrement dit, le champion de la Matt Race n’est pas forcément le meilleur dormeur du pays. Il est peut-être simplement le plus fatigué. Ce qui, dans un pays décrit comme en dette de sommeil, n’a rien d’étonnant.
Ce que dit la science
Les capteurs grand public estiment le sommeil à partir du mouvement, du rythme cardiaque ou de l’activité électrique du cerveau. Comparés à la polysomnographie, l’examen de référence en laboratoire, ils repèrent assez bien le fait de dormir ou non, mais restent moins fiables pour distinguer les phases du sommeil. L’étude de Chinoy et ses collègues (Sleep, 2021), qui a confronté sept appareils grand public à la polysomnographie, résume bien cette limite : les appareils distinguent assez bien veille et sommeil, beaucoup moins bien les différents stades. Un classement au « sommeil de qualité » reste donc une estimation, pas une mesure médicale.
Le Japon, champion du manque de sommeil
Selon les données de l’OCDE pour 2021, les Japonais dormaient en moyenne 7 heures et 24 minutes par jour, le chiffre le plus bas parmi les pays étudiés. Les explications avancées par les spécialistes cités par l’AFP sont connues : de longues journées de travail, de longs trajets domicile-travail et une vie nocturne très active.
Le pays a pourtant une relation singulière au repos. Il n’est pas rare d’y voir des gens dormir assis dans le métro ou en réunion, une forme de sommeil d’appoint tolérée, parfois même perçue comme le signe qu’on travaille dur. La Matt Race pousse cette logique jusqu’au bout : faire du sommeil une performance.
Et en France ?
Nous ne sommes pas si loin. D’après le Baromètre de Santé publique France publié en 2019, le temps de sommeil moyen des Français est passé sous la barre des sept heures par vingt-quatre heures. La sieste, elle, reste souvent vécue comme un aveu de faiblesse au travail, alors qu’une sieste courte et bien placée améliore la vigilance de l’après-midi. Notre guide de la micro-sieste au travail montre comment la pratiquer sans salle dédiée.
Ce qu’on peut en retenir pour sa propre sieste
À retenir
- Une sieste n’a pas besoin d’être longue : dix à vingt minutes suffisent souvent
- Si vous voulez dormir longtemps, visez un cycle complet, autour de 90 minutes
- Un endroit calme et sombre aide plus que n’importe quel gadget
- S’endormir instantanément tous les jours mérite qu’on regarde ses nuits
À ne pas copier
- Faire de la sieste une performance à chronométrer
- Se fier aveuglément au score d’un capteur
- Compenser des nuits trop courtes par la seule sieste
Si, au contraire, vous n’arrivez pas à vous endormir l’après-midi, rassurez-vous : vous n’auriez sans doute pas gagné la Matt Race, mais ce n’est pas forcément mauvais signe. Notre article je n’arrive pas à faire la sieste explique pourquoi, et notre guide comment faire la sieste reprend la méthode pas à pas. Pour aller plus loin sur ce que le repos apporte vraiment, voyez notre rubrique bienfaits de la sieste.

La lettre
Une lettre courte, le dimanche soir
L’article de la semaine, une étude lue pour vous, un conseil pour lundi 14 h. Deux minutes de lecture, pas de publicité.
Questions fréquentes
Qui a gagné le concours de sommeil au Japon ?
Une participante qui se présente sous le pseudonyme de Suimii. Elle a remporté plus de deux millions de yens, soit un peu plus de 11 000 €, et compte s’en servir pour déménager et s’acheter un nouveau lit.
Comment étaient départagés les participants ?
Par des capteurs fixés sur la tête, qui mesuraient la rapidité d’endormissement et la qualité du sommeil pendant 90 minutes au maximum.
Pourquoi une sieste de 90 minutes ?
Parce que c’est à peu près la durée d’un cycle de sommeil complet. Une sieste de cette longueur se termine en général en sommeil léger, ce qui évite le réveil difficile, mais elle peut gêner l’endormissement du soir.
S’endormir en quelques minutes, est-ce un signe de bon sommeil ?
Pas forcément. En pleine journée, un endormissement très rapide est souvent le signe d’une dette de sommeil. Si cela vous arrive tous les jours, il vaut mieux regarder la durée et la qualité de vos nuits.



